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22/12/2009

LA TURQUIE FAIT LA PAIX AVEC SES VOISINS

 

La Turquie, membre musulman de l'Otan, se tourne de plus en plus vers l'Est

La Turquie regarde de plus en plus vers le Proche-Orient, une diplomatie qui conforte une stature régionale et dynamise ses échanges commerciaux, mais qui suscite des interrogations quant aux orientations à long terme du principal membre musulman de l'Otan.

Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan se rend en Syrie mardi, pour la deuxième fois en six mois, après un voyage en Libye en novembre. Le président Abdullah Gül vient lui de recevoir son homologue égyptien Hosni Moubarak, après un déplacement en Jordanie.

Ces nombreuses visites illustrent la volonté du gouvernement islamo-conservateur turc de s'affirmer comme un pouvoir d'influence dans une zone où ses ancêtres ottomans ont longtemps régné, renouant avec l'Iran et la Syrie notamment, après des années d'animosité.

Et l'intérêt pour cette région coïncide avec une frustration croissante d'Ankara face à l'opposition de membres importants de l'Union européenne à une adhésion turque.

La sympathie affichée notamment par M. Erdogan à l'égard des présidents d'Iran, sur le nucléaire, ou du Soudan, en a étonné plus d'un en Occident.

"Aucun musulman ne pourrait commettre un génocide", a-t-il déclaré à propos du Soudanais Omar el-Béchir, qui est inculpé de crimes de guerre au Darfour.

Mais la Turquie affirme qu'elle ne fait que maintenir le cap, et que sa politique de main tendue au Proche-orient ne peut qu'accroître son importance stratégique aux yeux des Européens.

Et elle récuse toute inclination exclusive vers les pays musulmans, rappelant qu'elle a engagé un processus de réconciliation avec l'Arménie.

"La Turquie étend sa diplomatie, mais ne change pas d'axe", commentait récemment Sedat Laciner, du think-tank USAK.

"Peut-être devrait-elle améliorer ses relations avec des "pays plus acceptables"... Mais ses voisins sont la Syrie et l'Iran, pas la France ni l'Allemagne", ironisait-il.

Le ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, architecte de la stratégie du "zéro problème" avec les voisins de la Turquie, déteste l'étiquette de diplomate "néo-ottoman" que lui collent certains.

La Turquie, dit-il, n'a pas de visées dominatrices, elle recherche la confiance mutuelle, la promotion des échanges, et contribue à stabiliser une zone déchirée par les conflits.

Et les chiffres sont là: la part des exportations turques vers les pays musulmans est passée de 24% du total, à 28%, de 2006 à 2008. Et Ankara a signé des accords de suppression des visas avec ces pays.

La Turquie a joué les médiateurs dans les différends qui opposaient Damas à l'Irak et à l'Arabie saoudite, elle a assisté l'Occident dans le conflit avec Téhéran, et organisé des négociations indirectes entre Israël et la Syrie.

Mais l'offensive israélienne sur Gaza, l'hiver dernier, a sonné le glas de son rôle d'intermédiaire entre Syrie et Israël, et a jeté un froid sur l'alliance israélo-turque. En octobre, Ankara a exclu brutalement l'aviation israélienne de manoeuvres en Turquie.

Et M. Erdogan a minimisé une éventuelle menace nucléaire iranienne, pointant du doigt Israël, seul pays de la région à posséder, selon les experts, un arsenal nucléaire.

Cette rhétorique a donné des arguments à ceux qui affirment que la fidélité à la cause musulmane définit la vision de M. Erdogan et celle de son parti, l'AKP, fondé sur les cendres d'un parti islamiste.

"L'éloignement de l'Occident est le plus important changement dans la politique étrangère turque depuis la Guerre froide", assurait Soner Cagaptay, du Washington Institute, dans un récent article.

"Que l'AKP ait de l'empathie pour les musulmans, quoi de plus normal, mais on a l'impression qu'il s'aligne sur des régimes islamistes ostensiblement anti-occidentaux", ajoutait-il.

20/12/2009

LES KURDES CHOSISSENT L'APAISEMENT

 Les Kurdes choisissent l'apaisement

NouBDP.jpgs avons décidé de nous maintenir au Parlement et de continuer à contribuer à une solution pacifique au problème kurde. Notre peuple nous a demandé de continuer, malgré les injustices", a déclaré le leader du mouvement politique kurde, Ahmet Türk, vendredi 18 décembre à Ankara.

Réunis en urgence afin de déterminer une stratégie de sortie de crise, une semaine après l'interdiction de leur mouvement, le Parti pour une société démocratique (DTP), pour ses liens avec la rébellion armée du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), les députés kurdes élus en 2007 ont décidé de poursuivre leur lutte sur le terrain politique. Ou du moins, ceux qui restent. La Cour constitutionnelle d'Ankara a en effet décidé, en plus de la dissolution du parti, de bannir 37 de ses membres de toute activité politique pendant cinq ans. Parmi eux, figure l'ancienne héroïne de la cause kurde, Leyla Zana, qui a déjà purgé dix ans de prison pour avoir parlé kurde au Parlement dans les années 1990, ainsi que deux des 21 députés : le chef du parti, Ahmet Türk, et Aysel Tugluk, qui incarnent pourtant l'aile modérée.

Seuls 19 élus pourront donc continuer à siéger. Un de moins que le nombre requis pour constituer un groupe parlementaire. Mais le député de gauche d'Istanbul Ufuk Uras a d'ores et déjà annoncé qu'il se joindrait à eux pour faire le nombre.

Les élus de l'ex-DTP ont également confirmé, vendredi, leur décision de rallier le parti désigné pour la succession : le Parti pour la paix et la démocratie (BDP). Pour la sixième fois en vingt ans, le mouvement de la gauche kurde renaît sous un nouveau sigle. Prévoyants, les dirigeants avaient déposé les statuts de cette formation en 2008, lorsque le procureur en chef, Abdurrhaman Yalçinkaya, avait ouvert la procédure contre le DTP.

Après une semaine de division et d'hésitation, cette décision de maintenir une présence au Parlement turc a été saluée comme une "victoire des colombes sur les faucons" au sein du parti, les Kurdes les plus radicaux soutenant l'idée d'une démission collective et donc d'un retour à la lutte clandestine. "Cette décision est une démonstration claire que nous avons foi en la démocratie et que nous soutenons la paix et non la violence", a voulu souligner Ahmet Türk.

Cette semaine, de nombreux intellectuels kurdes et turcs ainsi que les organisations de défense des droits de l'homme avaient appelé les députés à se maintenir. "Le lieu pour réclamer des droits et exprimer ses revendications, c'est le Parlement, relève Ibrahim Aksoy, l'ancien dirigeant du Parti pour la démocratie et le changement (DDP), lui aussi interdit en 1996. Le déserter reviendrait à ignorer que des millions de gens ont voté pour le parti." Même le chef historique du PKK, Abdullah Öcalan, depuis sa prison sur l'île d'Imrali, avait recommandé cette semaine aux représentants kurdes de poursuivre leur mission. Signe aussi que la mainmise du PKK sur une partie de l'appareil ne devrait pas disparaître. Seule question en suspens : qui va prendre la tête du BDP en l'absence d'Ahmet Türk ? Un homme de paille, tel que celui qui occupe provisoirement la présidence, Demir Celik ? Ou un nouveau leader ?
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De son côté, le parti au pouvoir, le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) ne cache pas son malaise face à cette décision de justice. L'AKP avait frôlé la dissolution, en 2008, dans des circonstances similaires mais il a, cette fois, été moins prompt à dénoncer les procès lancés contre les partis politiques. Le président de la République Abdullah Gül, par exemple, a demandé le respect du jugement. Mais le vice-premier ministre, Bülent Arinç, a émis des doutes sur l'efficacité d'une telle mesure et le vice-président de l'AKP, Dengir Mir Mehmet Firat, a dénoncé une "approche jacobine" et une "décision malheureuse" de la Cour constitutionnelle.

Ces derniers jours, la menace de démission des députés kurdes avait plongé le gouvernement turc dans l'embarras. Une telle décision aurait probablement sonné le glas de la timide "ouverture démocratique" promue depuis cet été par le premier ministre Recep Tayyip Erdogan. "Nous ne ferons pas marche arrière sur l'ouverture", a répété ce dernier, jeudi, promettant de poursuivre les réformes en faveur de la minorité kurde, qui représente près de 20 % de la population turque. L'opposition d'une majorité des Turcs à ce plan de paix, selon les sondages d'opinion, ne jouera toutefois pas en sa faveur. (lemonde.fr, Guillaume Perrier, 19 déc 2009)

19/12/2009

S'IL FAUT, ON EN FERA UN HUTIEME ET UN NEUVIEME

 l’interdiction du principal parti kurde est un revers pour Tayyip Erdogan

La décisiokurde diyarbakir.jpgn de la Cour constitutionnelle de dissoudre le Parti pour une société démocratique (DTP, kurde) vise à torpiller les efforts effectués pour régler la question kurde et à entraver la candidature de la Turquie à l’UE.

Plusieurs villes et localités du Kurdistan turc (15 millions d’habitants) ainsi qu’Istanbul ont été le théâtre de violentes manifestations en signe de protestation contre la dissolution du parti kurde DTP (Parti pour une société démocratique) par la Cour constitutionnelle turque, le 12 décembre. « La fermeture du DTP est décidée en raison de ses liens avec l’organisation terroriste et parce qu’il est devenu le point central d’activités dirigées contre l’intégrité du pays », a expliqué le président de la Cour, Hasim Kilic. L’interdiction d’activité s’étend également à 37 dirigeants et cadres du parti, dont Ahmet Türk, le président du parti. Les 21 députés du DTP ont alors décidé de quitter le Parlement.

« Comme vous le savez, nous avons déjà dit que nous n’avions aucune raison de continuer à siéger au Parlement si notre lutte pour la démocratie n’est pas prise en considération. Nous remettrons nos démissions au président du Parlement dans les plus brefs délais », a estimé Ahmet Türk. S’attendant à cette interdiction, les dirigeants de l’ex-DTP n’ont pas perdu de temps : ils ont aussitôt annoncé la poursuite de leurs activités politiques au sein d’un nouveau parti, le Parti de la paix et de la démocratie (BDPBDP 2.jpg).

La dissolution du DTP fait suite à une procédure lancée en 2007 par le procureur de la Cour de cassation, Abdurrahman Yalçinkaya, qui accuse le DTP d’être la vitrine légale du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), en lutte armée contre Ankara. Ce procureur est connu pour être proche des militaires et des milieux nationalistes turcs. En 2008, il avait tenté d’obtenir l’interdiction du parti AKP (Parti de la justice et du développement, issu de la mouvance islamiste) au pouvoir, en invoquant le fait qu’il violait la Constitution laïque de la Turquie. Le moins que l’on puisse dire , c’est que cette mesure extrême a pris au dépourvu le gouvernement du premier ministre, Tayyip Erdogan. Elle est intervenue au moment où il venait de lancer son initiative d’ « ouverture démocratique », visant à accorder de nouveaux droits aux Kurdes et, à moyen terme, à mettre fin à la guérilla menée par le PKK qui, en vingt ans, a fait plus de 40000 morts. Une initiative qui s’était d’ailleurs heurtée à l’hostilité des milieux kémalistes et ultranationalistes, notamment le CHP (Parti républicain du peuple, kémaliste) et le MHP (Parti de l’action nationaliste, droite nationaliste), deux partis siégeant au Parlement. En outre, ce torpillage en règle de l’ouverture initiée par le gouvernement de l’AKP, qui ne va pas manquer de nourrir avec plus d’intensité le désespoir et la frustration des 15 millions de kurdes, est aussi un coup sévère porté à la candidature de la Turquie à l’Union européenne. Et ce, bien que le premier ministre Tayyip Erdogan ait critiqué la dissolution du DTP.

18 Décembre 2009

 

LE NOUVEAU OUTILS POLITIQUE POUR LA CAUSE KURDE

Les députés kurdes restent au Parlement et adhérent au BDP (parti pourla démocratie et pour la paix)

Les dépBDP.jpgutés du principal parti pro-kurde de Turquie, dissous par la justice pour collusion avec les rebelles kurdes, ont renoncé à démissionner du Parlement et décidé de rejoindre une autre formation, également pro-kurde, a annoncé vendredi leur chef de file Ahmet Türk.

"Nous avons revu notre décision de démissionner et avons décidé de rester à l'Assemblée pour une solution pacifique de la question kurde", a-t-il dit devant la presse.

Les 19 députés du Parti pour une société démocratique (DTP), qui a cessé d'exister depuis son interdiction, le 11 décembre, par la Cour constitutionnelle pour liens avec le PKK, adhéreront au Parti de la paix et de la démocratie (BDP), créé dans l'anticipation d'un verdict de la justice, a-t-il souligné.

Le chef-fondateur du PKK, Abdullah Öcalan, emprisonné à vie dans la prison d'Imrali (nord-est) depuis
1999, a aussi fait savoir, par le biais de ses avocats, qu'il préférait voir ces élus au Parlement, a indiqué M. Türk.

"La lutte démocratique est essentielle pour nous", a ajouté M. Türk.
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M. Türk a pour sa part été interdit de politique pour cinq ans, de même qu'une députée, ainsi que plusieurs cadres du DTP.

Des intellectuels et des membres de la société civile ont appelé les parlementaires kurdes, qui avaient dans un premier temps annoncé leur intention de démissionner, à rester au Parlement pour y défendre leurs idées.

S'ils avaient démissionné --une démarche qui nécessite l'aval du Parlement-- certains de ces élus auraient, sans leur immunité, pu être traînés devant la justice, voire emprisonnés, pour des procédures actuellement suspendues.

L'interdiction du plus grand parti pro-kurde a provoqué des émeutes kurdes en Turquie, qui ont fait trois morts et plusieurs blessés.

"Le gouvernement redoublera d'efforts pour résoudre le problème kurde"

Le gouvernement turc va redoubler d'efforts pour mettre en place des réformes en faveur de la minorité kurde, en dépit des tensions et incidents meurtriers de ces dernières semaines, a déclaré jeudi le ministre de l'Intérieur Besir Atalay.

"Nous allons intensifier les travaux pour des mesures à court et à moyen terme (...) Nous continuerons de mener notre initiative avec détermination", a-t-il dit lors d'une conférence de presse.

Ces mesures concernent en particulier la création de commissions indépendantes pour prévenir les discriminations et les actes de torture par les forces de sécurité, a expliqué M. Atalay.

Des réformes pour favoriser les droits des Kurdes, notamment sur le plan culturel, ont été promises par l'AKP, le Parti de la justice et du développement, au pouvoir, issu du mouvement islamiste, mais elles ont été jugées insuffisantes par les nationalistes kurdes.

L'opposition parlementaire s'est de son côté déchaînée contre le projet, y voyant uneygenç.jpge menace pour l'unité nationale.

M. Atalay a indiqué que 363 personnes ont été inculpées après leur arrestation lors des manifestations et émeutes kurdes qui surviennent quotidiennement en Turquie depuis le 20 novembre, et qui ont fait trois morts.

"Notre objectif est d'en finir avec le terrorisme et de relever le niveau de la démocratie" en Turquie, qui aspire à rejoindre l'Union européenne, a dit le ministre, ajoutant que la lutte militaire se poursuivrait contre les rebelles kurdes du PKK. (18 déc 2009)

 
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