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27/08/2009

QUESTION KURDE EN TURQUIE

Le projet de réformes du gouvernement fait des remous

Le projet du gouvernement islamo-conservateur turc d'en finir avec le conflit kurde domine le débat polidiyarbakir.jpgtique turc et divise une société profondément marquée par un quart de siècle de combats armés.

"Le temps est venu pour une solution radicale" afin de mettre fin au conflit, a déclaré le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, indiquant que son gouvernement irait "jusqu'au bout, quelque soit le prix".

Depuis deux semaines, le ministre de l'Intérieur, Besir Atalay, rencontre les représentants de la société civile pour les convaincre d'adhérer à un plan destiné à hâter la réconciliation avec les Kurdes, baptisé "ouverture démocratique", mais qui reste encore très flou.

Il y a 25 ans, le 15 août 1984, le PKK avait déclenché la lutte arme contre l’armé turc en tuent  deux soldats dans le sud-est, majoritairement peuplé de kurdes.

Depuis le PKK s'est renforcé au fil des années et a été classé terroriste par la Turquie, les Etats-Unis et l'Union européenne. Le conflit a coûté la vie à quelque 45.000 personnes.

Si la guerre a baissé d'intensité depuis les années 90, le conflit kurde continue de peser sur la modernisation de la Turquie et de faire obstacle à sa candidature à l'UE.

Le chef du PKK emprisonné, Abdullah ÖCALAN, devrait faire parvenir ses propositions de paix au gouvernement via ses avocats, si les autorités pénitentiaires le permettent.

Le parti Action nationaliste (MHP, opposition) est très critique et a accusé le Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir, de vouloir "diviser" la Turquie par un projet "réclamée par les Américains".

Washington, quittant l'Irak, ne veulent plus des rebelles du PKK réfugiés dans les montagnes du nord de ce pays, d'où ils s'infiltrent en Turquie voisine, et presse Ankara d'en finir avec eux, affirme le MHP et certains commentateurs de presse.

Le Conseil national de sécurité (MGK), qui regroupe les principaux responsables civils et militaires turcs, a apporté son soutien au gouvernement en recommandant jeudi la poursuite des efforts de paix, soulignant cependant l'importance de l'unité du pays.

Le grand romancier turc Yasar Kemal a de son côté indiqué "respecter toute approche sincère en vue d'arrêter l'effusion de sang et de surmonter le plus grand obstacle devant la démocratie" en Turquie.

L'auteur de "Memed le Faucon", âgé de 86 ans, a été condamné dans le passé pour des écrits dénonçant le traitement de la question kurde par l'Etat.

"Il faut écouter les gens qui ont un poids au sein du peuple kurde. S'il y a moyen d'en finir avec ce conflit qui assombrit notre avenir, il faut le saisir et ne pas le rejeter avant même qu'il soit annoncé", a estimé à l'AFP un responsable gouvernemental sous couvert d'anonymat.

Parmi les initiatives destinées à la réconciliation: renommer des milliers de villages kurdes ayant aujourd'hui des noms turcs, instaurer l'éducation de la langue kurde dans les écoles publiques et supprimer les références à l'appartenance "turque" dans la définition de la nationalité.

Des démarches qui ne font pas l'unanimité au sein d'une nation fatiguée par les combats.

"Ne pas écouter les réactions du peuple concernant cette +ouverture+ peut faire échouer ce projet à ses débuts", estime Emre Kongar, un éminent sociologue dans le journal Cumhuriyet.

Il exhorte le gouvernement à faire en sorte que son projet soit un élément catalyseur au sein de la société et non de discorde. (AFP, Burak AKINCI, 23 août 2009)

25/08/2009

CRONOLOGIE DES KURDES 1920-2009

CRONOLOGIE DES KURDES 1920 -2009

 

kudistan h.jpgAoût 1920: le traité de Sèvres, signé entre les Alliés, vainqueurs de la Première Guerre mondiale, et la Turquie, envisage la création d'un Etat kurde dans l'est de l'Anatolie et dans la province de Mossoul. Après la victoire de Mustafa Kemal, «Atatürk», les Alliés reviennent sur leur décision. Juillet 1923 : le traité de Lausanne consacre la domination de la Turquie, de l'Iran sur le Kurdistan, de la Grande-Bretagne (pour l'Irak) et de la France (pour la Syrie).1926 : la Grande-Bretagne impose à la Turquie un accord qui attribue la province de Mossoul (région riche en pétrole) à l'Irak. 1927-1930 : révolte dans le Kurdistan turc. 1931 : insurrection dans le Kurdistan irakien.1936-1938 : soulèvement kurde en Turquie. Juillet 1937 : le traité de Saad Abad entre l'Irak, l'Iran et la Turquie prévoit la collaboration entre les trois pays pour lutter contre la subversion kurde.1943-1945 - Irak : révolte au Kurdistan, dirigée par Moustafa Barzani, fondateur du parti démocratique du Kurdistan. Janvier-décembre 1946 - Iran : création d'une république kurde dans la région de Mahabad en Iran, à l'initiative de l'URSS, dont les troupes étaient entrées dans le nord de l'Iran en 1941. L'armée iranienne met fin à cette expérience dès le retrait de l'Armée rouge. Septembre 1961 - Irak : révolte kurde. Mars 1970 - Irak : le parti Baas, qui vient de prendre le pouvoir à Bagdad, entame des négociations avec les Kurdes sur l'autonomie de la province. En 1974, le gouvernement promulgue unilatéralement une loi d'autonomie, qui est aussitôt rejetée par les mouvements kurdes. La guerre reprend.1975 - Irak/Iran : accords d'Alger entre le Chah d'Iran et Saddam Hussein. Téhéran cesse de soutenir la rébellion kurde d'Irak.1978 -Turquie : naissance du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Mêlant nationalisme kurde et lutte des classes, il prône la lutte armée. 1979- Iran : profitant du relâchement du pouvoir central consécutif à la révolution en Iran, le Parti démocratique kurde d'Iran (PDKI)

 

 

Août 1920: le traité de Sèvres, signé entre les Alliés, vainqueurs de la Première Guerre mondiale, et la Turquie, envisage la création d'un Etat kurde dans l'est de l'Anatolie et dans la province de Mossoul. Après la victoire de Mustafa Kemal, «Atatürk», les Alliés reviennent sur leur décision.
Juillet 1923 : le traité de Lausanne consacre la domination de la Turquie, de l'Iran sur le Kurdistan, de la Grande-Bretagne (pour l'Irak) et de la France (pour la Syrie).
1926 : la Grande-Bretagne impose à la Turquie un accord qui attribue la province de Mossoul (région riche en pétrole) à l'Irak.
1927-1930 : révolte dans le Kurdistan turc.
1931 : insurrection dans le Kurdistan irakien.
1936-1938 : soulèvement kurde en Turquie.
Juillet 1937 : le traité de Saad Abad entre l'Irak, l'Iran et la Turquie prévoit la collaboration entre les trois pays pour lutter contre la subversion kurde.
1943-1945 - Irak : révolte au Kurdistan, dirigée par Moustafa Barzani, fondateur du parti démocratique du Kurdistan.
Janvier-décembre 1946 - Iran : création d'une république kurde dans la région de Mahabad en Iran, à l'initiative de l'URSS, dont les troupes étaient entrées dans le nord de l'Iran en
1941. L'armée iranienne met fin à cette expérience dès le retrait de l'Armée rouge.
Septembre 1961 - Irak
: révolte kurde.
Mars 1970 - Irak : le parti Baas, qui vient de prendre le pouvoir à Bagdad, entame des négociations avec les Kurdes sur l'autonomie de la province. En 1974, le gouvernement promulgue unilatéralement une loi d'autonomie, qui est aussitôt rejetée par les mouvements kurdes. La guerre reprend.
1975 - Irak/Iran : accords d'Alger entre le Chah d'Iran et Saddam Hussein. Téhéran cesse de soutenir la rébellion kurde d'Irak.
1978 -Turquie : naissance du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Mêlant nationalisme kurde et lutte des classes, il prône la lutte armée.
1979- Iran : profitant du relâchement du pouvoir central consécutif à la révolution en Iran, le Parti démocratique kurde d'Iran (PDKI), dirigé par Abdol Rahman Ghassemlou, réclame un statut d'autonomie. Le régime islamique réagit par une sévère répression. Le PDKI mène jusqu'en 1983 une stratégie de guérilla.
1980-1988 - Irak/Iran : pendant la guerre Irak/Iran (1980-1988), les deux Etats soutiennent les Kurdes du pays ennemi.
1984 - Turquie : de violents combats ont lieu entre l'armée turque et le PKK en Anatolie.
1987 - Turquie : onze provinces kurdes sont placées sous état d'exception.
1988 - Irak : le 16 mars, l'aviation irakienne bombarde à l'arme chimique des villages de la région de Halabja, faisant 5 000 morts et autant de blessés. Après le cessez-le-feu avec l'Iran, 100 000 Kurdes d'Irak fuient en masse vers la Turquie et l'Iran.
Juillet 1989 - Iran : assassinat à Vienne du secrétaire général du PDKI, Abdol Rahman Ghassemlou, lors de négociations avec des émissaires de Téhéran.
Mars-avril 1991 - Irak/Turquie : à la fin de la guerre du Golfe, pensant pouvoir compter sur un soutien américain, les Kurdes se soulèvent. La répression entraîne l'exode de deux millions de Kurdes vers la Turquie et l'Iran. En échange de l'accueil de réfugiés sur son territoire, la Turquie obtient des dirigeants kurdes d'Irak qu'ils n'apportent aucun soutien au PKK. L'armée turque mène plusieurs opérations militaires en Irak contre le PKK.
Avril 1992 - Irak : les Alliés lancent "Provide Comfort", opération d'assistance à la population kurde qui établit une zone d'exclusion aérienne au nord du 36e parallèle.
Mai 1992 - Irak : élections libres au Kurdistan. Le PDK dirigé par Massoud Barzani contrôle le nord de la zone et l'UPK de Jalal Talabani, le sud.
Septembre 1992 - Iran : assassinat, à Berlin, du nouveau secrétaire général du PDKI.
Octobre 1992 - Irak/Turquie : intervention militaire turque contre les bases du PKK en Irak. Des combats éclatent entre le PKK et les Kurdes irakiens, qui apportent leur soutien à l'armée turque.
Mars 1993 - Irak : normalisation des relations entre le PKK et les formations kurdes d'Irak.
Mai 1994 - Irak : début d'une lutte fratricide entre le PDK et l'UPK en Irak.
Mars 1995 - Turquie : opération "Acier". L'armée turque déploie 36 000 soldats en territoire irakien pour combattre le PKK. Début d'une politique de la terre brûlée dans le sud-est anatolien, qui contraint à l'exil trois à qutre millions de personnes.
Août 1996 - Irak
: Massoud Barzani, dirigeant de l'UPK, fait appel à l'aide du régime de Saddam Hussein pour combattre son rival de l'UPK.
1998 - Iran : après l'élection de Mohammad Khatami en Iran, la langue kurde est autorisée dans les livres et les journaux.
Septembre 1998 - Irak: signature d'un accord à Washington entre l'UPK et le PDK sur la création d'un gouvernement intérimaire.
1999 - Turquie : en février, les autorités turques annoncent avoir capturé Abdullah Öcalan, leader du PKK, enlevé au Kenya par un commando. Il sera condamné à mort pour trahison le 29 juin suivant.
Février 2000 - Turquie : le PKK annonce l'arrêt de la lutte armée.

2002
Août - Turquie
: dans le but de rapprocher la Turquie - candidate à l'Union européenne - des normes européennes, le Parlement turc vote en faveur de droits culturels pour le peuple kurde (diffusion d'émissions de radio et de télévision et enseignement -privé- en langue kurde). Avec l'abolition de la peine de mort, la sentence d'Abdullah Öcalan est commuée à l'emprisonnement à perpétuité.
Septembre - Irak : signature d'un accord de paix entre l'UPK et le PDK, qui prévoit de réactiver le Parlement unifié, issu des élections législatives de 1992, qui ne s'est pas réuni au complet depuis 1996.
Octobre - Irak : le Parlement du Kurdistan ratifie l'accord de paix signé en 1998 à Washington.

 

 

2003 
Février - Irak : réunie à Salaheddine, dans le Kurdistan irakien, l'opposition irakienne met sur pied une direction collégiale de six membres, comprenant Massoud Barzani et Jalal Talabani, appelée à être le noyau d'un prochain gouvernement en Irak en cas de renversement du président Saddam Hussein.

2004
Février - Irak
:  plus de 60 personnes sont tuées dans un double attentat suicide perpétré contre les sièges des deux principaux partis du Kurdistan irakien à Erbil.
Avril  - Turquie : le Conseil de l'Europe demande la libération de Leyla Zana et de trois autres ex-députés kurdes, une nouvelle fois condamnés la veille à 15 ans de prison par la justice turque.
Mai - Turquie : les rebelles du Congrès du peuple du Kurdistan (Kongra-Gel), successeur du parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), annoncent la rupture de la trêve unilatérale qu'ils avaient décidée en 2000.
Juin - Turquie : la justice turque ordonne la libération de Leyla Zana et de trois autres ex-députés kurdes. Le même jour, les premières émissions en langue kurde sont diffusées à la radiotélévision d'Etat.

2005
Janvier - Irak
: premières élections multipartites en Irak depuis 1953. Les électeurs désignent l'Assemblée nationale et l'Assemblée de la région autonome kurde. L'alliance des partis kurdes obtient 77 députés à l'Assemblée nationale et devient le deuxième groupe politique du pays.
Avril - Irak : le Kurde Jalal Talabani est élu président de l'Irak.
Juin - Irak : le parlement de la région du Kurdistan élit Massoud Barzani président de la région autonome.

2006
Mars-avril - Turquie
: des émeutes, opposant les forces de sécurité à des militants kurdes, font une vingtaine de morts dans le sud-est de la Turquie et à Istanbul.
Septembre - Turquie : le 12, un attentat à la bombe dans la ville à majorité kurde de Diyarbakir fait dix morts. Les autorités soupçonnent le PKK d'en être responsable. Le 30, le PKK décrète un cessez-le-feu.
Septembre - Irak: Massoud Barzani, président de la région autonome kurde fait hisser le drapeau kurde sur les bâtiments officiels en place du drapeau irakien, provoquant l'ire du Premier ministre Nouri al-Maliki.
La BBC révèle que des militaires israéliens entraînent les soldats Kurdes.

2007 
Mai - Irak : le gouvernement régional du Kurdistan obtient des Américains la responsabilité de la sécurité dans les trois provinces kurdes d'Erbil, de Dohouk et de Soulaimaniyah.
Juillet - Irak : l'ONG Human Rights Watch dénonce l'usage de la torture par les forces de sécurité kurdes.
Août - Irak : plus de 400 personnes sont tuées dans des attentats dans le nord du pays contre la minorité kurde yézidie.
Août - Iran/Irak : l'Iran bombarde des bases de rebelles kurdes iraniens près de la frontière en Irak.
Septembre - Iran/Irak  : l'Iran ferme sa frontière avec le Kurdistan irakien, après l'arrestation, en septembre d'un ressortissant iranien par les forces américaines.
Octobre - Turquie : le parlement vote le principe d'une intervention militaire contre les rebelles kurdes basés en Irak.
Décembre - Irak/Turquie : l'armée lance des raids aériens contre les bases du PKK en Irak.

2008
Fin février - Turquie : offensive militaire contre les bases du PKK dans le nord de l'Irak.
Septembre - Irak : adoption d'une nouvelle loi électorale qui prévoit la tenue d'élections législatives en janvier 2009 mais laisse en suspens la question controversée de la province de Kirkouk, région riche en pétrole réclamée par le Kurdistan.

2009 
Avril - Turquie : le DTP, principale formation kurde, est la cible d'arrestations après les élections municipales qui lui ont été favorables.
Mai - Irak/Irak : des hélicoptères iraniens bombardent des villages kurdes du nord de l'Irak.
Juin - Irak/Turquie: la Turquie et l'Irak signent un accord de coopération militaire renforçant leur entente pour lutter contre les rebelles kurdes de Turquie, basés dans le Kurdistan irakien.
Juillet - Irak : report du référendum sur la Constitution kurde adoptée par le Parlement autonome fin juin qui prévoit le rattachement de la région de Kirkouk, riche en pétrole, au Kurdistan.
Elections au Parlement régional kurde. Les deux grands partis, le PDK et l'UPK conservent la majorité absolue mais une opposition apparaît  avec la liste Goran.
Août - Turquie: des familles de soldats turcs et de rebelles kurdes morts au combat se réunissent à Diyarbakir, pour appeler à la paix et à la réconciliation, alors que sont attendues pour la mi-août des propositions de paix du dirigeant emprisonné du PKK, Abdullah Öcalan. Le gouvernement a de son côté annoncé la préparation de mesures en faveur de la communauté kurde.

 

 

13/08/2009

ESPOIRE FRAGILE DE LA PAIX EN KURDISTAN

Le Monde: Espoir fragile, après 25 ans de conflit entre Turcs et PKK

Semdinli Envoyé spécial

Au énième checkpoint militaire qui barre la route escarpée menant à la petite ville de Semdinli, un soldat inspecte machinalement les véhicules. “Qu’allez-vous faire là-bas ?, interroge son officier sur un ton inquisiteur. Il n’y a pas de tourisme à faire à Semdinli, vous ne verrez pas la mer.” Le Bosphore est à
2 000 kilomètres de cette zone située aux confins orientaux de la Turquie, dans la région kurde qui jouxte les frontières iranienne et irakienne.

Mais Semdinli, cernée par les montagnes et quadrillée par les forces de sécurité, est plongée depuis vingt-cinq ans au coeur du conflit entre l’armée turque et la guérilla du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). C’est dans ce fief du mouvement nationaliste kurde que le PKK a commis son premier fait d’armes, en prenant d’assaut, le 15 août 1984, le poste de gendarmerie situé en haut de la rue principale, donnant le signal du déclenchement de la lutte armée contre l’Etat. La guerre, depuis, a fait plus de 45 000 morts.

Tout juste un quart de siècle plus tard, la Turquie entrevoit la fin du conflit : le leader emprisonné du PKK, Abdullah Ocalan, doit rendre publique, le 15 août, sa “feuille de route”, depuis sa cellule de l’île-prison d’Imrali. Et le gouvernement turc, de son côté, accélère les négociations pour tenter de trouver une issue à son “problème kurde”.

Dans la pénombre du fond d’une boutique de Semdinli, à cent mètres de la gendarmerie, une ex-combattante du PKK veut donner son avis sur ces messages d’ouverture d’Ankara : “Nous ne faisons pas confiance à l’Etat turc”, clame cette femme dont l’allure et le langage restent marqués par les années passées dans la montagne.

“Nos députés du DTP (pour une société )ne peuvent pas user de leurs droits. Il faut que l’Etat tienne compte des propositions d’Abdullah Ocalan”, ajoute la jeune femme.

La bourgade de 15 000 habitants a connu trop de violences pour verser dans l’enthousiasme. De l’autre côté de la rue, le propriétaire de la Librairie de l’espoir, Seferi Yilmaz, un moustachu jovial, s’est trouvé, à vingt ans d’écart, des deux côtés du fusil. Le jour de la fameuse attaque de 1984, il faisait partie du commando du PKK qui a fait irruption à Semdinli. “Nous étions 21, j’avais fait des croquis des lieux et nous avions bloqué les rues, raconte-il au milieu de ses rayonnages de livres. Le premier groupe s’est posté face à la caserne pour empêcher les soldats de sortir. Trois soldats ont été tués mais notre but, c’était la propagande.” Pendant que les militaires étaient tenus en joue, des petits groupes entraient dans les cafés et haranguaient les habitants interloqués. “On leur a parlé du coup d’Etat fasciste de 1980, des prisonniers politiques et des idées du PKK. Il fallait utiliser la communication orale, car beaucoup ne savaient pas lire, se souvient-il avec une pointe de nostalgie. Après, nous nous sommes dispersés dans la montagne vers l’Irak.” En propageant au passage, de village en village, la nouvelle de l’attaque. Six mois plus tard, Seferi Yilmaz fut arrêté à Semdinli et emprisonné pendant quinze ans.

“Bons petits gars”

Le plan d’Abdullah Ocalan, qui avait décidé de lancer simultanément des attaques à Semdinli mais aussi à Eruh, plus à l’ouest, a réussi au-delà de ses espérances. Ce coup d’éclat a installé durablement le PKK dans la position du défenseur de la cause kurde face à l’Etat turc, et la guérilla marxiste léniniste a repris le flambeau des rébellions passées, comme celle de Cheikh Saïd, pendu dans les années 1920.

“Ils voulaient sûrement faire revivre cette mémoire, estime le journaliste Emin Sari. Ils ont aussi choisi le 15 août, car c’est le jour où l’on célèbre le phénix, très important dans notre mythologie. Cette attaque était comme un symbole de la résurrection de la société kurde.”

A sa sortie de prison, Seferi Yilmaz achète sa petite boutique et se réfugie dans les livres, politiques, de préférence. Trotski, Frantz Fanon, Balzac et… Ocalan, son “auteur” préféré.

En 2005, la deuxième affaire de Semdinli éclate dans la librairie. A l’heure du déjeuner, un homme surgit et jette deux grenades, tuant un client. Visé, Yilmaz échappe à la mort. L’assaillant est rattrapé alors qu’il s’engouffrait dans une voiture où l’attendaient deux complices. Les habitants appréhendent les suspects : des militaires en civil. Dans le coffre de la voiture, des armes et des plans de la boutique sont retrouvés.

L’affaire devient rapidement un scandale national et met en évidence les méthodes expéditives employées par l’armée dans sa lutte contre la guérilla : tortures, disparitions, coups tordus. La répression a fait des milliers de victimes parmi les civils ou les soutiens supposés à la rébellion. “En trois mois, il y a eu 16 attentats comme celui-là à Semdinli”, raconte Seferi Yilmaz.

Les auteurs de l’attaque de la librairie, “de bons petits gars”, selon le chef de l’état-major de l’époque, Yasar Büyükanit, ont ensuite échappé à la justice et le procureur qui avait osé ouvrir une enquête a été muté. Seferi Yilmaz, lui, est retourné quelque temps en prison. Aujourd’hui, sa boutique a pris des allures de musée. Les cratères creusés par les grenades et les éclats de métal incrustés dans le plafond : il a tout gardé en l’état.

Dans le bureau local du DTP, le parti kurde légal, les portraits des “martyrs” du PKK en tenue de guérilla tapissent les murs. La dernière victime en date, Ali Kaçar, un jeune permanent du parti, a été tuée à la mi-avril dans des combats avec l’armée, quasi quotidiens dans les montagnes alentour. Derrière son bureau de secrétaire général de la section locale du parti, Emrullah Oztürk estime que l’assaut du 15 août était “le premier cri de la résistance kurde”. “L’Etat disait que le mot kurde venait du bruit des pas dans la neige, rappelle-t-il. Nous avons vécu des années d’arbitraire et de torture. On ne pouvait même pas porter nos tenues traditionnelles. Encore aujourd’hui, il y a des morts alors que le PKK a décrété un cessez-le-feu jusqu’en septembre.”Acquise à la cause, Semdinli a payé un lourd tribut à cette guerre en vingt-cinq ans, et la radicalisation de la population est perceptible. “Quoi qu’il dise, nous soutiendrons Abdullah Ocalan dans ses propositions. Il a dit qu’après le 15 août, si l’Etat ne prenait pas les mesures qui s’imposent, il ne répondait plus de rien”, avertit le militant. (Le Monde, Guillaume Perrier, 12 août 2009)

11/08/2009

LE SANG A ASSEZ COULEE

Le sang a assez coulé

 

 

C'est à Eruh, dans le sud-est de l'Anatolie Kurdistan de la Turquie, que le PKK a déclaré la guerre à l'État turc il y a vingt-cinq ans. Ses habitants ont toujours fait corps avec la guérilla kurde, mais aujourd'hui, ils veulent trouver une sortie politique à ce conflit meurtrier.

Depuis la route qui grimpe vers Eruh, dans le Kurdistan de la Turquie on distingue de temps en temps un troupeau de chèvres accroché sur le flanc ocre d'une montagne ou un tank de l'armée turque positionné sur un promontoire. L'arrivée dans la bourgade se fait en musique. Un mariage bat son plein dans la nuit claire. Une chanson à la gloire des combattants du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) entraîne dans une danse traditionnelle les hommes, à l'épaisse moustache, et les femmes, qui scintillent dans leur robe à paillettes.

Eruh, 10 000 âmes, fait corps avec la guérilla kurde. C'est ici, il y a vingt-cinq ans, que le PKK a déclaré la guerre à l'État turc en lançant sa première attaque. Un quart de siècle et 45 000 morts plus tard, cee fief entrevoit pour la première fois un espoir de règlement du conflit. Fin juillet, le gouvernement turc a annoncé qu'il préparait un plan de paix, et Abdullah Öcalan, le chef de la rébellion, a fait savoir depuis sa prison sur l'île d'Imrali qu'il rendrait publique une feuille de route pour résoudre le problème kurde le 15 août prochain. Ce jour-là, Eruh sera derrière son leader : le DTP (Parti pour une société démocratique), le parti sous contrôle du PKK, y organise un festival où des milliers de supporteurs sont attendus.

«Le sang a assez coulé»

Au-delà» des concerts d'artistes acquis à la «cause», les festivités visent à envoyer un message très clair à Ankara. «Le sang a assez coulé, le temps est venu de trouver une réponse politique, explique le maire, Melihan Oktay, qui a un frère dans les rangs du PKK et un autre en prison pour avoir ravitaillé les rebelles cachés dans les montagnes alentour. Mais l'instauration d'un climat de paix passe par des négociations avec nos députés et la fin de l'isolement d'Öcalan.» Officieusement, les habitants reconnaissent volontiers que le festival sera surtout l'occasion de célébrer l'anniversaire de la guérilla : «Le 15 août 1984, c'est le jour de la renaissance de notre peuple.»

Cinq anciens, tous courbés sur leur canne, se chamaillent pour raconter «le bruit venu de l'enfer» qui a fendu cette lourde soirée d'été. «Il était 21 h 30, nous jouions aux cartes au café, nous nous sommes tous précipités sous les tables ou aux toilettes, raconte l'un d'eux, le regard pétillant d'émotion à l'évocation de ce souvenir. J'ai cru que les militaires étaient ivres et qu'ils tiraient dans tous les sens.»

En fait, une quarantaine d'hommes était en train de prendre d'assaut la caserne, de l'autre côté de la rue. «Et puis quatre gars sont entrés, ils nous ont dit qu'il ne fallait pas avoir peur, qu'ils lançaient la révolution de la libération du Kurdistan.» Des tracts furent distribués pour «éveiller les consciences», le mégaphone de la mosquée réquisitionné, un dépôt de munitions dévalisé, un gendarme tué «dans la confusion».

Ce fait d'armes, comme celui qui a suivi à Semdinli, était avant tout une opération de communication. Il fallait gagner des sympathisants, insuffler l'esprit de la grande révolte kurde des années 1930.

Une fois passée la peur des représailles, Eruh a répondu à l'appel. «En vingt-cinq ans, si on compte les villages des alentours, environ 2 000 personnes ont participé à la lutte, qu'ils soient combattants ou en prison», calcule un militant de 23 ans, qui vient de purger une peine de quatre ans pour «propagande illégale» : il s'est fait prendre avec un sac à dos rempli de livres d'Öcalan.

Les sirènes du PKK attirent encore des jeunes d'Eruh. «Il y a trois semaines, un garçon a disparu, puis il a téléphoné en disant qu'il avait trouvé un travail à Istanbul.» Tout le monde a compris le message. Malgré ce soutien sans faille, la récente ouverture du gouvernement suscite un sentiment de soulagement, teinté de prudence.

Une longue liste de revendications

«Si nos droits sont posés sur la table, il n'y aura plus personne dans la montagne», assure Ibrahim Shen, le président du DTP à Eruh. Les mains posées sur une nappe tricotée aux couleurs du Kurdistan, rouge, jaune et vert, il égrène la longue liste des revendications. Une amnistie générale, le droit à l'éducation en langue kurde, la reconnaissance du peuple kurde dans la Constitution turque…

Pendant ce temps, un conscrit passe à intervalles réguliers de­vant le local du parti, jette un coup d'œil, sans dire un mot alors que la télévision est réglée sur Roj TV, la chaîne satellite du PKK, interdite en Turquie. Le pas traînant, il traverse la placette sur laquelle les autorités turques ont érigé une tour au nom de Suleyman Aydin, le soldat tué la nuit du 15 août, et regagne la caserne, protégée par des barbelés. La jeunesse turque aussi est lasse de ce conflit. 

 

 Laure Marchand, envoyée spéciale à Eruh    Le FIGARO

 
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