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05/07/2012

Procès du KCK: la liberté de recherche menacée (3)

 

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Le procès de l'Union des Communautés du Kurdistan (KCK) se poursuit jusqu'au 13 juillet. Intéressons-nous aujourd'hui à l'un des aspects de ce procès-monstre pour lequel comparaissent 205 personnes: la liberté de recherche.

Parmi les principaux accusés figureBüsra Ersanli, figure respectée du monde universitaire turc et connue pour ses travaux dérangeants sur le récit historiographique turc dans les livres scolaires. Cette professeure de sciences politiques et de relations internationales à l'UniversitéMarmarad'Istanbul est détenue depuis plus de 8 mois et risque de 15 à 22 ans de prison pour "direction d'une organisation terroriste". Engagée dans la défense du droit des minorités et dans la recherche d'une solution politique à la question kurde, Büsra Ersanli s'était rapprochée du parti kurde légal BDP (Parti pour la Paix et la démocratie) et intervenait de temps à autres comme oratrice dans l'Académie politique du parti. "Son acte d'accusation ne fait qu'inventorier les activités ordinaires de n'importe quel chercheur : déplacements scientifiques à l'étranger, conversations téléphoniques avec des journalistes, études comparatives sur différentes constitutions européennes ou articles parus dans des journaux scientifiques", selon le GIT.

 

"Elle ne cautionne absolument pas la violence ou la lutte armée. Büsra, c'est tout le contraire. C'est quelqu'un qui met en accord ses convictions et son activité professionnelle. Si l'AKP lui avait proposé d'intervenir dans son académie politique, elle aurait également accepté", fait remarquer l'une de ses collègues et amies, dans le bus en route vers Silivri, où se tient le procès. Lundi, une quarantaine de membres duGIT(Groupe International de Travail), rassemblant des universitaires pour la défense de la liberté de recherche et d'enseignement, avaient fait le voyage. Lireici leur récitde l'ouverture du procès.

 

Le GIT s'est mobilisé dès l'instant où la Pr Büsra Ersanli a été arrêtée, en compagnie de l'éditeur Ragip Zarakolu ou encore de la traductrice Ayse Berktay. Hier, Le Monde a publié sur son site Internet un appel signé par de nombreux membres du GIT France :"Le grand enfermement des libertés en Turquie".

Un extrait de ce texte:"Ce genre d'accusations kafkaïennes est dirigé contre des milliers d'étudiants au sort également très préoccupant. Selon le récent rapport de l'Initiative de solidarité avec les étudiants détenus en Turquie (TODI), 771 étudiants se trouvent actuellement en détention, dont une large majorité est membre de l'organisation de jeunesse du BDP. Parmi eux, figure une autre Büsra, 22 ans, étudiante en science politique, qui dans ses lettres de prison souligne l'absurdité des accusations dont elle fait l'objet : des chansons en kurde trouvées dans son ordinateur, sa participation aux diverses manifestations et conférences de presse, etc. Comme elle, des centaines de jeunes gens se voient interdire d'étudier, soit qu'ils subissent de longues détentions préventives, soit qu'ils fassent l'objet des enquêtes disciplinaires menant souvent à leur exclusion des universités."

Le GIT a également produitun rapport, en turc, répertoriant les affaires les plus symboliques.

La très sérieuse revue Nature, a elle aussi consacréun articleà cette menace grandissante contre la liberté de recherche en Turquie. Le réseau américain "universitaires en danger" avait écrit cerapporten novembre dernier.

L'histoire de Nesrin Uçarlar, une universitaire qui se trouvait elle aussi à Silivri pour soutenir ses collègues, est exemplaire de la censure qui règne dans les universités turques. Etudiante à Marmara, elle avait déposé un projet de recherche, dès 2003, sur "les droits linguistiques des Kurdes de Turquie", un sujet hautement sensible. Le sujet fut d'abord retoqué par l'université. "Je l'ai de nouveau soumis en enlevant le mot kurde du titre et là, cela a marché", explique-t-elle. Après quelques temps, le jury de recherche qui lui avait été assigné, composé de cinq personnes, déclare que son sujet de thèse est "anticonstitutionnel", se référant à l'article 3 de la Constitution turque qui précise que: "L'Etat turc forme avec sa nation et son territoire une entité indivisible. Sa langue est le turc". En 2008, elle perd tout droit à effectuer sa thèse. Après un rapport pour un think tank sur "le Kurde comme langue maternelle", elle se voit également licenciée de son poste d'assistante professeur à l'université Yeditepe d'Istanbul, un établissement connu pour ses positions très nationalistes. Nesrin a déposé plainte devant la justice administrative mais elle a perdu son procès en premier instance, même jugement devant la Cour suprême. Un recours a été déposé en 2011 devant la Cour européenne des Droits de l'Homme.

"J'avais suivi un cours à l'université sur le nationalisme turc. Je voulais apprendre et travailler sur la question kurde. Je suis née dans le Sud Ouest de la Turquie et jusqu'à mes 18 ans, je n'avais jamais vu un Kurde", sourit-elle. "Je voulais mener une recherche critique sur le nationalisme d'Etat" (...) Pour justifier la censure de son travail, le comité scientifique de l'université avait calculé combien de fois était cité le PKK et combien de fois lui était accolé le mot "terroriste".

Son cas n'est pas isolé. La plupart des étudiants qui tentent d'aborder les questions de minorités ou qui travaillent sur l'histoire turque avec une approche scientifique sont régulièrement censurés, licenciés, mis sous pression. Les universités qui, après le coup d'Etat militaire de 1980 avaient été investies par l'idéologie militaro kémaliste et placées sous le contrôle duYÖK(Haut conseil de l'Enseignement supérieur), sont restées un lieu très politisé. L'AKP, le parti au pouvoir a même accéléré sa reprise en main des universités, dont le nombre a explosé ces dernières années.

Récemment,Ethem Tolga, le recteur de l'université Galatasaray, établissement public francophone qui fait la fierté des officiels français de passage à Istanbul, s'était illustré manière assez incroyable. Ce recteur aux convictions très nationalistes, qui n'avait pas levé le petit doigt lorsque l'un de ses étudiants,Cihan Kirmizigül, avait été placé abusivement en détention et accusé de terrorisme, s'est aplati devant les accusations portées par le journal islamiste radical Yeni Akit contre l'un de ses professeurs, Ahmet Insel, catalogué "pro Arméniens" et accusé d'avoir constitué une cellule du PKK au sein de l'université, rien de moins. Pire, M. Tolga a appelé le "journaliste" de cette publication pour se désolidariser d'Ahmet Insel et exprimer combien il n'aimait pas "les francs maçons" et se sentait proche de l'AKP.

Commentaires

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Écrit par : Edison | 10/07/2013

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