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27/01/2010

"FEU VERT AUX COMPLOTS DE L'ARMEE

"Feu vert aux complots de l’armée"

ARMEE TURC.jpgLe gouvernement turc est-il en train de perdre son bras de fer contre l’armée ? Il vient en tout cas de recevoir un sévère uppercut en voyant sa réforme phare de 2009 annulée par la Cour constitutionnelle. Jeudi, les juges ont estimé contraire à la Constitution la loi permettant de juger, en temps de paix, des militaires devant des tribunaux civils, pour des « crimes contre la sécurité nationale ». Cette réforme avait permis de poursuivre une série d’officiers soupçonnés d’appartenir au réseau ultranationaliste Ergenekon. Récemment, des officiers de la marine ont encore été mis en cause dans le cadre de l’opération « Cage » visant des minorités chrétiennes et des documents d’ordinaire inaccessibles ont pu être consultés dans des archives militaires.

L’an dernier, l’Union européenne avait salué cette volonté de réduire l’influence d’une armée qui a réalisé 4 coups d’Etat. La réforme votée en juin avait toutefois soulevé la polémique auprès du parti kémaliste du CHP, virulent opposant au gouvernement et proche des militaires, qui avait porté l’affaire devant la Cour constitutionnelle. « Je ne m’attendais pas à une telle décision », a déclaré Egemen Bagis, ministre chargé des Affaires européennes. « Elle va retarder notre travail qui consiste à hausser les standards démocratiques du pays dans le cadre du processus européen. Cette décision montre que la Constitution est trop étroite pour la Turquie ».

Écrire une Constitution « civile » à la place de celle héritée du coup d’Etat de 1980 est l’un des objectifs du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, au pouvoir depuis 2002. Mais sans soutien de l’opposition qui craint la dislocation de l’état laïc, ce vœu est resté pieux. Acculé, le gouvernement, souhaite présenter, en février, un « mini-paquet de réformes démocratiques » au Parlement avant de s’en remettre au peuple via un référendum. Jouer le peuple contre l’armée, la tactique est osée mais table sur l’érosion du soutien populaire dont bénéficient les militaires.

Liste noire et « collabos »

Hasard ou non, la décision de la Cour est tombée au lendemain d’un nouveau scandale frappant l’armée. Le quotidien Taraf, spécialisé dans la divulgation de gros coups, a révélé mercredi, sur la base d’un dossier de 5000 pages, l’existence d’un projet de coup d’Etat élaboré en 2003 par trois généraux aujourd’hui à la retraite. Il prévoyait notamment de poser des bombes dans deux mosquées importantes d’Istanbul, de faire monter la tension avec l’aviation grecque et d’organiser des rassemblements de défense de la République. Ce plan aurait même été présenté à une assemblée de 162 militaires dont 29 généraux. L’armée a qualifié ces accusations d’ « inacceptables » et assuré que l’assemblée en question était en réalité un « séminaire » visant à « entraîner les militaires ». Simple exercice donc ? « Personne ne peut avaler ce numéro », estime Tamer Korkmaz du quotidien pro gouvernemental Yeni Safak.

Ce nouveau scandale divise en tout cas le paysage médiatique turc. Selon Taraf, les militaires auraient établi une liste de 137 journalistes prêts à coopérer avec l’armée en cas de coup d’Etat et une autre de 136 personnes qui auraient pu être arrêtées. Même chose pour 200.000 opposants qui auraient pu être séquestrés dans des stades d’Istanbul. Les médias mis en cause, eux, appellent à la prudence dans la lecture de ces documents à la très forte odeur de soufre. (Le Soir, NERBOLLIER, DELPHINE, 23 janvier 2010)

 

Menace militaire: "La patience de l'armée turque, elle aussi, a ses limites"

askeri.jpgLe chef d'état-major des armées turques a déclaré lundi que les coups d'Etat "appartenaient au passé" en Turquie, un pays où les militaires ont déposé quatre gouvernements depuis 1960. "La patience de l'armée turque, elle aussi, a ses limites... nous sommes très préoccupés par ces allégations", a-t-il dit.

Le général Ilker Basbug a fait ces déclarations à la presse alors que de nouvelles accusations de complot militaire contre le régime islamo-conservateur ont été lancées dans la presse, la semaine dernière.

"La position de l'armée turque est claire... Ces (coups d'Etat) appartiennent au passé. Nous pensons que l'aspect le plus important de la démocratie est que le pouvoir change de mains par le jeu d'élections et de moyens démocratiques", a-t-il dit.

Le journal Taraf a exposé la semaine dernière des documents selon lesquels des militaires auraient en 2003 projeté des attentats et d'autres actes de déstabilisation, peu après l'arrivée au pouvoir des islamistes modérés du Parti de la justice et du développement (AKP).

L'armée turque a démenti l'existence d'un tel complot et le genéral Basbug a déclaré lundi qu'elle ferait bientôt une déclaration détaillée à ce sujet.

Le mois dernier, le général Basbug a dénoncé une "campagne psychologique" destinée à salir l'armée, mettant en garde contre une possible "confrontation entre les institutions".

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