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23/12/2009

TURQUIE-OTTOMANE: RETOUR A SES RACINES

La diplomatie turque à la mode ottomane

Ahmet Davutoglu marque une pause, respire un bon coup, puis se lance dans l'un de ses exercices préférés. Devant un parterre d'auditeurs triés sur le volet, l'invité exceptionnel de l'académie diplomatique internationale de Paris, énumère la bonne dizaine de pays dans lesquels il s'est rendu durant les quinze jours précédents. A l'issue de l'exercice, le ministre turc des affaires étrangères cache mal sa jubilation.

Pas besoin d'être un as en géographie pour comprendre le message. La Turquie, membre de l'Otan depuis
1952, l'alliée indéfectible durant la guerre froide, qui définissait sa politique en fonction des intérêts occidentaux, regarde de plus en plus vers l'Est: la Russie, l'Asie centrale, le Caucase et le Proche-Orient.

Sommes-nous pour autant en train de «perdre la Turquie», ainsi que certains le suggèrent à Washington et à Paris? Troublée par la politique américaine dans la région, dépitée par les rebuffades de l'Union européenne, la Turquie privilégierait désormais le monde arabe et musulman, au premier rang desquels ses bien peu fréquentables vOTTOMANE.jpgoisins syriens, iraniens et même libyens, ainsi que la Russie et le Caucase.

Une nouvelle impulsion dès 1998

Ce n'est pas
2002, l'arrivée au pouvoir du gouvernement du parti de la Justice et du développement (AKP), musulman-conservateur, qui marque le tournant de la politique étrangère turque. Mais 1998, avec le Premier ministre de l'époque Bulent Ecevit, un laïc social-démocrate, et Ismaïl Cem, un Turc d'origine juive, aux commandes des affaires étrangères. Cette année-là, une énorme brèche s'ouvre dans la mentalité d'assiégés qui a longtemps déterminé les orientations turques. La Syrie vient d'expulser l'ennemi numéro 1 d'Ankara, Abdullah Ocalan, le chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ouvrant ainsi la voie à la normalisation entre les deux Etats. Un an plus tard, en 1999, s'esquisse le rapprochement turco-grec après que deux violents séismes ont frappé les deux pays, créant pont de solidarité entre les deux peuples. Et puis la même année, l'Union européenne reconnaît la «vocation européenne» de la Turquie.

Comme ce fut le cas pour les réformes en matière de démocratie et de Droits de l'Homme, le mouvement est donc lancé avant l'arrivée au pouvoir de l'AKP. De la même façon, le gouvernement de Tayyip Erdogan l'amplifie et l'étend. «Plus qu'un véritable dessein, plus qu'un supposé projet établi à l'avance par l'AKP, la nouvelle politique étrangère de la Turquie est avant tout une affaire de conjoncture», explique l'éditorialiste turc et fils de diplomate Semih Idiz. «La Turquie ne tourne pas le dos à l'Ouest, ce sont plutôt les nouvelles réalités de l'après-guerre froide et de la politique américaine dans la région, l'attitude de la Russie et la démocratisation de la Turquie qui modifient la donne», explique Soli Ozel, non sans un certain sens de la litote. Car lorsque ce chroniqueur turc dit «démocratisation de la Turquie», il signifie surtout «affaiblissement du pouvoir des militaires».

L'armée turque a en effet longtemps considéré la politique étrangère comme son «domaine réservé». D'où son positionnement fermé et défensif, hérité de la guerre froide, vis-à-vis des pays voisins hostiles à cette Turquie, alliée des Etats-Unis et d'Israël. «Les Arabes? on ne peut pas leur faire confiance!», me confiait crûment un général turc à la retraite, dans les années 90. Or depuis une dizaine d'années, sous la pression européenne, l'Etat-major a dû réduire son champ de manœuvres. Il reste influent mais n'a plus l'exclusivité de la politique étrangère, laquelle, plus volontariste, porte désormais aussi la signature des civils.

La Turquie d'abord

Le premier d'entre eux se nomme, justement, Ahmet Davutoglu, l'homme à l'agenda voyageur. Universitaire, il fut,OTTOMANES.jpg dès 2002, le conseiller diplomatique très écouté des Gül (ancien ministre des affaires étrangères et actuel président turc) et Erdogan. Nommé ministre des affaires étrangères en mai dernier, Davutoglu est perçu comme l'artisan du renouveau diplomatique turc qu'il définit lui-même comme celui «de la conciliation et de la paix». Sa ligne — «profondeur stratégique» et «zéro problème» avec les voisins des anciennes marches de l'Empire — lui vaut parfois l'étiquette de «néo-ottoman», même s'il la réfute.

«Ahmet Davutoglu est un musulman pratiquant, avec ce mélange de romantisme, de moralisme et de souci de la justice que présentent parfois certains croyants, explique Beril Dedeoglu, universitaire spécialiste des relations internationales à l'université francophone de Galatasaray. Il a donc, comme au temps de l'Empire ottoman, l'envie d'étendre l'influence régionale de la Turquie aux autres pays musulmans. Mais ce n'est pas une démarche impérialiste, l'idée c'est d'être le grand frère pour la région, un peu comme votre président Nicolas Sarkozy aimerait que la France le soit pour l'Union européenne!»

Puisque les intérêts vitaux de l'Occident ne sont plus en danger ainsi qu'ils le furent pendant la guerre froide, le gouvernement turc, avec l'Etat-major militaire, n'hésitent désormais plus à faire passer les intérêts du pays avant ceux de Washington. On l'a vu dès 2003 lorsque le parlement d'Ankara s'est opposé à ce que l'armée américaine utilise le territoire turc pour envahir l'Irak. Ou en initiant un rapprochement avec l'Iran - le récent refus de nouvelles sanctions contre Téhéran lors d'un vote récent à l'AEIA (Agence internationale de l'énergie atomique). Une action délicate à gérer pour Washington.

Tigres d'Anatolie et nouveaux moujiks russes

Condamner Ankara, c'est se priver d'un canal; fermer les yeux, c'est risquer l'incompréhension de l'opinion publique alors que Barack Obama tente de créer un front uni contre l'Iran. De même du durcissement turc à l'égard de son allié israélien. Le Premier ministre turc est en train de voler à l'ennemi perse l'exclusivité de la critique vis-à-vis d'Israël, et de gagner... la popularité arabe qui va avec. Ce qui n'est pas nécessairement négatif pour la coopération américano-turque dans la région.

Les intérêts propres à la Turquie sont d'abord économiques. Le pays a terriblement souffert du boycott occidental de l'Irak, quoiqu'il l'ait allègrement détourné. Ankara a été confrontée à une immigration irakienne importante et coûteuse pour sa stabilité et son image. Une intervention occidentale en Iran sonnerait comme un «Irak bis». Et il suffit de compter le nombre d'hommes d'affaires turcs qui accompagnent en voyage le Premier ministre Tayyip Erdogan pour comprendre que les intérêts économiques priment sur la fabrication de la politique étrangère. Ainsi en Iran, le mois dernier. Ou encore en Russie: «Côté fricotage d'affaires, les nouveaux tigres d'Anatolie, comme on surnomme les nouveaux entrepreneurs turcs, proches du gouvernement AKP, doivent se sentir tout à fait à l'aise avec les nouveaux moujiks russes», commente un observateur qui connait bien les deux pays.

«La stabilité par l'économie», vantée par Ahmet Davutoglu qui nourrit le projet «d'une intégration» économique de la Turquie avec les pays de la région, évoque un autre ministre des Affaires étrangères, israélien cette fois. Nous étions au lendemain des Accords israélo-palestiniens d'Oslo, il y a seize ans: Shimon Peres rêvait tout haut de constituer... un grand marché économique au Proche-Orient.

Pas de solution au problème kurde sans l'Iran, l'Irak et la Syrie

Autre intérêt propre à la Turquie, la question kurde, omniprésente. Car la Turquie veut liquider le PKK, inscrit par l'Union européenne sur la liste des organisations terroristes. Elle doit donc obtenir l'accord de Téhéran et de Damas qui gardent la main sur le mouvement séparatiste et comptent également des minorités kurdes. Trouver une solution au «problème kurde», c'est garantir la stabilité de la région. Et c'est d'ailleurs en Irak que la diplomatie de Davutoglu connaît on seul véritable succès à ce jour. Tant sur le plan des affaires économiques que politiques, tant avec Bagdad qu'avec le Kurdistan irakien.

Les autorités turques se sont en effet longtemps inquiétées de ce que l'autonomie de cette région kurde, au nord de l'Irak, alimente un peu plus encore les ambitions séparatistes des quelque 15 millions de Kurdes de Turquie. C'est dire l'habileté dont Ankara a su faire preuve, ces trois ou quatre dernières années, en coopérant aussi bien avec Bagdad qu'avec Erbil, pour y remporter de nombreux contrats ou permettre aux entreprises occidentales d'en conclure, par son intermédiaire.

Un bric-à-brac d'initiatives

Pour le reste, Ankara n'a pas encore fait la preuve de l'efficacité réelle de sa diplomatie. Sa médiation entre la Syrie et Israël n'a pas donné de résultats, ce qui explique entre autres l'amertume colérique de Tayyip Erdogan à l'égard des dirigeants de Tel-Aviv. De même l'indulgence turque à l'égard de l'Iran est loin de s'être traduite par un assouplissement des positions de Mahmoud Ahmadinejad. En bref, beaucoup de discours, ce qui n'est pas rien dans une région où les mots comptent mais beaucoup de gesticulations aussi, une sorte de bric-à-brac d'initiatives et de contacts en coulisses.

«Le savoir faire turc semble cependant ici encore se limiter à des initiatives de socialisation, dont l'impact stabilisateur ne doit pas être minimisé mais qui ne débouchent pas à ce jour sur des solutions politiques aux conflits régionaux», résumait déjà Ozgün Ozcer, un jeune assistant chercheur de l'IFRI, fin 2008. Il y eut bien en octobre dernier la signature des Protocoles entre l'Arménie et la Turquie mais il faudra qu'ils soient entérinés par les deux Parlements et que le problème du Haut-Karabagh soit résolu, au moins partiellement, pour qu'on puisse vraiment parler de succès diplomatique.

L'Europe, toujours une priorité

«N'exagérons pas la puissance régionale de la Turquie, suggère Beril Dedeoglu. Etre dans le G20, dans le conseil de sécurité des Nations Unies, et au Conseil de l'Europe est bien plus important pour nous! Et la question qui taraude Davutoglu c'est celle de l'intégration à l'Union européenne, je n'ai aucun doute là-dessus même s'il met en avant ses avancées sur d'autres terrains!», poursuit-elle.

D'ailleurs, le gouvernement turc est inquiet de la nomination du Belge Herman Van Rompuy, un adversaire déclaré de l'adhésion turque, à la tête de l'Union européenne. Le nouveau ministre turc chargé des Affaires européennes Egemen Bagis présentait au début du mois la nouvelle stratégie du gouvernement pour accélérer le processus d'adhésion, avec pour seul et mince espoir la bienveillance de la présidence espagnole de l'Union européenne à partir du 1er janvier 2010.

Et Ahmet Davutoglu n'avait peut-être pas tout à fait bien pesé les effets de son activisme sur les Européens. Soucieux de pacifier la région et de restaurer la fierté nationale mise à mal par Bruxelles, le ministre turc des Affaires étrangères veut montrer que la Turquie joue dans la cour des grands, comme l'Allemagne ou la France et qu'à ce titre l'Union européenne, et Paris au premier rang, ne peut plus la traiter par-dessus la jambe. Quitte à contrarier ou concurrencer certaines ambitions diplomatiques françaises, en Syrie notamment.

Or, du côté européen, c'est le nouveau flirt poussé de la Turquie avec des régimes islamistes ou dictatoriaux qui mobilise presque toute l'attention et n'est pas loin de produire l'effet inverse: il inquiète. Ce qui conduit le politologue turc Ali Kazincigil à tirer la sonnette d'alarme:

Que des considérations religieuses, ethniques ou linguistiques facilitent dans un premier temps le rapprochement entre la Turquie et ces pays peut se comprendre, mais à condition qu'elles ne se perpétuent pas au détriment des principes universels séculiers que tout Etat se doit de respecter et de défendre. Si cette contradiction n'est pas surmontée, ses relations avec l'Union européenne risquent de connaitre de sérieux problèmes. (2009)

22/12/2009

LA TURQUIE FAIT LA PAIX AVEC SES VOISINS

 

La Turquie, membre musulman de l'Otan, se tourne de plus en plus vers l'Est

La Turquie regarde de plus en plus vers le Proche-Orient, une diplomatie qui conforte une stature régionale et dynamise ses échanges commerciaux, mais qui suscite des interrogations quant aux orientations à long terme du principal membre musulman de l'Otan.

Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan se rend en Syrie mardi, pour la deuxième fois en six mois, après un voyage en Libye en novembre. Le président Abdullah Gül vient lui de recevoir son homologue égyptien Hosni Moubarak, après un déplacement en Jordanie.

Ces nombreuses visites illustrent la volonté du gouvernement islamo-conservateur turc de s'affirmer comme un pouvoir d'influence dans une zone où ses ancêtres ottomans ont longtemps régné, renouant avec l'Iran et la Syrie notamment, après des années d'animosité.

Et l'intérêt pour cette région coïncide avec une frustration croissante d'Ankara face à l'opposition de membres importants de l'Union européenne à une adhésion turque.

La sympathie affichée notamment par M. Erdogan à l'égard des présidents d'Iran, sur le nucléaire, ou du Soudan, en a étonné plus d'un en Occident.

"Aucun musulman ne pourrait commettre un génocide", a-t-il déclaré à propos du Soudanais Omar el-Béchir, qui est inculpé de crimes de guerre au Darfour.

Mais la Turquie affirme qu'elle ne fait que maintenir le cap, et que sa politique de main tendue au Proche-orient ne peut qu'accroître son importance stratégique aux yeux des Européens.

Et elle récuse toute inclination exclusive vers les pays musulmans, rappelant qu'elle a engagé un processus de réconciliation avec l'Arménie.

"La Turquie étend sa diplomatie, mais ne change pas d'axe", commentait récemment Sedat Laciner, du think-tank USAK.

"Peut-être devrait-elle améliorer ses relations avec des "pays plus acceptables"... Mais ses voisins sont la Syrie et l'Iran, pas la France ni l'Allemagne", ironisait-il.

Le ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, architecte de la stratégie du "zéro problème" avec les voisins de la Turquie, déteste l'étiquette de diplomate "néo-ottoman" que lui collent certains.

La Turquie, dit-il, n'a pas de visées dominatrices, elle recherche la confiance mutuelle, la promotion des échanges, et contribue à stabiliser une zone déchirée par les conflits.

Et les chiffres sont là: la part des exportations turques vers les pays musulmans est passée de 24% du total, à 28%, de 2006 à 2008. Et Ankara a signé des accords de suppression des visas avec ces pays.

La Turquie a joué les médiateurs dans les différends qui opposaient Damas à l'Irak et à l'Arabie saoudite, elle a assisté l'Occident dans le conflit avec Téhéran, et organisé des négociations indirectes entre Israël et la Syrie.

Mais l'offensive israélienne sur Gaza, l'hiver dernier, a sonné le glas de son rôle d'intermédiaire entre Syrie et Israël, et a jeté un froid sur l'alliance israélo-turque. En octobre, Ankara a exclu brutalement l'aviation israélienne de manoeuvres en Turquie.

Et M. Erdogan a minimisé une éventuelle menace nucléaire iranienne, pointant du doigt Israël, seul pays de la région à posséder, selon les experts, un arsenal nucléaire.

Cette rhétorique a donné des arguments à ceux qui affirment que la fidélité à la cause musulmane définit la vision de M. Erdogan et celle de son parti, l'AKP, fondé sur les cendres d'un parti islamiste.

"L'éloignement de l'Occident est le plus important changement dans la politique étrangère turque depuis la Guerre froide", assurait Soner Cagaptay, du Washington Institute, dans un récent article.

"Que l'AKP ait de l'empathie pour les musulmans, quoi de plus normal, mais on a l'impression qu'il s'aligne sur des régimes islamistes ostensiblement anti-occidentaux", ajoutait-il.

20/12/2009

LES KURDES CHOSISSENT L'APAISEMENT

 Les Kurdes choisissent l'apaisement

NouBDP.jpgs avons décidé de nous maintenir au Parlement et de continuer à contribuer à une solution pacifique au problème kurde. Notre peuple nous a demandé de continuer, malgré les injustices", a déclaré le leader du mouvement politique kurde, Ahmet Türk, vendredi 18 décembre à Ankara.

Réunis en urgence afin de déterminer une stratégie de sortie de crise, une semaine après l'interdiction de leur mouvement, le Parti pour une société démocratique (DTP), pour ses liens avec la rébellion armée du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), les députés kurdes élus en 2007 ont décidé de poursuivre leur lutte sur le terrain politique. Ou du moins, ceux qui restent. La Cour constitutionnelle d'Ankara a en effet décidé, en plus de la dissolution du parti, de bannir 37 de ses membres de toute activité politique pendant cinq ans. Parmi eux, figure l'ancienne héroïne de la cause kurde, Leyla Zana, qui a déjà purgé dix ans de prison pour avoir parlé kurde au Parlement dans les années 1990, ainsi que deux des 21 députés : le chef du parti, Ahmet Türk, et Aysel Tugluk, qui incarnent pourtant l'aile modérée.

Seuls 19 élus pourront donc continuer à siéger. Un de moins que le nombre requis pour constituer un groupe parlementaire. Mais le député de gauche d'Istanbul Ufuk Uras a d'ores et déjà annoncé qu'il se joindrait à eux pour faire le nombre.

Les élus de l'ex-DTP ont également confirmé, vendredi, leur décision de rallier le parti désigné pour la succession : le Parti pour la paix et la démocratie (BDP). Pour la sixième fois en vingt ans, le mouvement de la gauche kurde renaît sous un nouveau sigle. Prévoyants, les dirigeants avaient déposé les statuts de cette formation en 2008, lorsque le procureur en chef, Abdurrhaman Yalçinkaya, avait ouvert la procédure contre le DTP.

Après une semaine de division et d'hésitation, cette décision de maintenir une présence au Parlement turc a été saluée comme une "victoire des colombes sur les faucons" au sein du parti, les Kurdes les plus radicaux soutenant l'idée d'une démission collective et donc d'un retour à la lutte clandestine. "Cette décision est une démonstration claire que nous avons foi en la démocratie et que nous soutenons la paix et non la violence", a voulu souligner Ahmet Türk.

Cette semaine, de nombreux intellectuels kurdes et turcs ainsi que les organisations de défense des droits de l'homme avaient appelé les députés à se maintenir. "Le lieu pour réclamer des droits et exprimer ses revendications, c'est le Parlement, relève Ibrahim Aksoy, l'ancien dirigeant du Parti pour la démocratie et le changement (DDP), lui aussi interdit en 1996. Le déserter reviendrait à ignorer que des millions de gens ont voté pour le parti." Même le chef historique du PKK, Abdullah Öcalan, depuis sa prison sur l'île d'Imrali, avait recommandé cette semaine aux représentants kurdes de poursuivre leur mission. Signe aussi que la mainmise du PKK sur une partie de l'appareil ne devrait pas disparaître. Seule question en suspens : qui va prendre la tête du BDP en l'absence d'Ahmet Türk ? Un homme de paille, tel que celui qui occupe provisoirement la présidence, Demir Celik ? Ou un nouveau leader ?
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De son côté, le parti au pouvoir, le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) ne cache pas son malaise face à cette décision de justice. L'AKP avait frôlé la dissolution, en 2008, dans des circonstances similaires mais il a, cette fois, été moins prompt à dénoncer les procès lancés contre les partis politiques. Le président de la République Abdullah Gül, par exemple, a demandé le respect du jugement. Mais le vice-premier ministre, Bülent Arinç, a émis des doutes sur l'efficacité d'une telle mesure et le vice-président de l'AKP, Dengir Mir Mehmet Firat, a dénoncé une "approche jacobine" et une "décision malheureuse" de la Cour constitutionnelle.

Ces derniers jours, la menace de démission des députés kurdes avait plongé le gouvernement turc dans l'embarras. Une telle décision aurait probablement sonné le glas de la timide "ouverture démocratique" promue depuis cet été par le premier ministre Recep Tayyip Erdogan. "Nous ne ferons pas marche arrière sur l'ouverture", a répété ce dernier, jeudi, promettant de poursuivre les réformes en faveur de la minorité kurde, qui représente près de 20 % de la population turque. L'opposition d'une majorité des Turcs à ce plan de paix, selon les sondages d'opinion, ne jouera toutefois pas en sa faveur. (lemonde.fr, Guillaume Perrier, 19 déc 2009)

19/12/2009

S'IL FAUT, ON EN FERA UN HUTIEME ET UN NEUVIEME

 l’interdiction du principal parti kurde est un revers pour Tayyip Erdogan

La décisiokurde diyarbakir.jpgn de la Cour constitutionnelle de dissoudre le Parti pour une société démocratique (DTP, kurde) vise à torpiller les efforts effectués pour régler la question kurde et à entraver la candidature de la Turquie à l’UE.

Plusieurs villes et localités du Kurdistan turc (15 millions d’habitants) ainsi qu’Istanbul ont été le théâtre de violentes manifestations en signe de protestation contre la dissolution du parti kurde DTP (Parti pour une société démocratique) par la Cour constitutionnelle turque, le 12 décembre. « La fermeture du DTP est décidée en raison de ses liens avec l’organisation terroriste et parce qu’il est devenu le point central d’activités dirigées contre l’intégrité du pays », a expliqué le président de la Cour, Hasim Kilic. L’interdiction d’activité s’étend également à 37 dirigeants et cadres du parti, dont Ahmet Türk, le président du parti. Les 21 députés du DTP ont alors décidé de quitter le Parlement.

« Comme vous le savez, nous avons déjà dit que nous n’avions aucune raison de continuer à siéger au Parlement si notre lutte pour la démocratie n’est pas prise en considération. Nous remettrons nos démissions au président du Parlement dans les plus brefs délais », a estimé Ahmet Türk. S’attendant à cette interdiction, les dirigeants de l’ex-DTP n’ont pas perdu de temps : ils ont aussitôt annoncé la poursuite de leurs activités politiques au sein d’un nouveau parti, le Parti de la paix et de la démocratie (BDPBDP 2.jpg).

La dissolution du DTP fait suite à une procédure lancée en 2007 par le procureur de la Cour de cassation, Abdurrahman Yalçinkaya, qui accuse le DTP d’être la vitrine légale du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), en lutte armée contre Ankara. Ce procureur est connu pour être proche des militaires et des milieux nationalistes turcs. En 2008, il avait tenté d’obtenir l’interdiction du parti AKP (Parti de la justice et du développement, issu de la mouvance islamiste) au pouvoir, en invoquant le fait qu’il violait la Constitution laïque de la Turquie. Le moins que l’on puisse dire , c’est que cette mesure extrême a pris au dépourvu le gouvernement du premier ministre, Tayyip Erdogan. Elle est intervenue au moment où il venait de lancer son initiative d’ « ouverture démocratique », visant à accorder de nouveaux droits aux Kurdes et, à moyen terme, à mettre fin à la guérilla menée par le PKK qui, en vingt ans, a fait plus de 40000 morts. Une initiative qui s’était d’ailleurs heurtée à l’hostilité des milieux kémalistes et ultranationalistes, notamment le CHP (Parti républicain du peuple, kémaliste) et le MHP (Parti de l’action nationaliste, droite nationaliste), deux partis siégeant au Parlement. En outre, ce torpillage en règle de l’ouverture initiée par le gouvernement de l’AKP, qui ne va pas manquer de nourrir avec plus d’intensité le désespoir et la frustration des 15 millions de kurdes, est aussi un coup sévère porté à la candidature de la Turquie à l’Union européenne. Et ce, bien que le premier ministre Tayyip Erdogan ait critiqué la dissolution du DTP.

18 Décembre 2009

 

 
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