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20/12/2009

LES KURDES CHOSISSENT L'APAISEMENT

 Les Kurdes choisissent l'apaisement

NouBDP.jpgs avons décidé de nous maintenir au Parlement et de continuer à contribuer à une solution pacifique au problème kurde. Notre peuple nous a demandé de continuer, malgré les injustices", a déclaré le leader du mouvement politique kurde, Ahmet Türk, vendredi 18 décembre à Ankara.

Réunis en urgence afin de déterminer une stratégie de sortie de crise, une semaine après l'interdiction de leur mouvement, le Parti pour une société démocratique (DTP), pour ses liens avec la rébellion armée du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), les députés kurdes élus en 2007 ont décidé de poursuivre leur lutte sur le terrain politique. Ou du moins, ceux qui restent. La Cour constitutionnelle d'Ankara a en effet décidé, en plus de la dissolution du parti, de bannir 37 de ses membres de toute activité politique pendant cinq ans. Parmi eux, figure l'ancienne héroïne de la cause kurde, Leyla Zana, qui a déjà purgé dix ans de prison pour avoir parlé kurde au Parlement dans les années 1990, ainsi que deux des 21 députés : le chef du parti, Ahmet Türk, et Aysel Tugluk, qui incarnent pourtant l'aile modérée.

Seuls 19 élus pourront donc continuer à siéger. Un de moins que le nombre requis pour constituer un groupe parlementaire. Mais le député de gauche d'Istanbul Ufuk Uras a d'ores et déjà annoncé qu'il se joindrait à eux pour faire le nombre.

Les élus de l'ex-DTP ont également confirmé, vendredi, leur décision de rallier le parti désigné pour la succession : le Parti pour la paix et la démocratie (BDP). Pour la sixième fois en vingt ans, le mouvement de la gauche kurde renaît sous un nouveau sigle. Prévoyants, les dirigeants avaient déposé les statuts de cette formation en 2008, lorsque le procureur en chef, Abdurrhaman Yalçinkaya, avait ouvert la procédure contre le DTP.

Après une semaine de division et d'hésitation, cette décision de maintenir une présence au Parlement turc a été saluée comme une "victoire des colombes sur les faucons" au sein du parti, les Kurdes les plus radicaux soutenant l'idée d'une démission collective et donc d'un retour à la lutte clandestine. "Cette décision est une démonstration claire que nous avons foi en la démocratie et que nous soutenons la paix et non la violence", a voulu souligner Ahmet Türk.

Cette semaine, de nombreux intellectuels kurdes et turcs ainsi que les organisations de défense des droits de l'homme avaient appelé les députés à se maintenir. "Le lieu pour réclamer des droits et exprimer ses revendications, c'est le Parlement, relève Ibrahim Aksoy, l'ancien dirigeant du Parti pour la démocratie et le changement (DDP), lui aussi interdit en 1996. Le déserter reviendrait à ignorer que des millions de gens ont voté pour le parti." Même le chef historique du PKK, Abdullah Öcalan, depuis sa prison sur l'île d'Imrali, avait recommandé cette semaine aux représentants kurdes de poursuivre leur mission. Signe aussi que la mainmise du PKK sur une partie de l'appareil ne devrait pas disparaître. Seule question en suspens : qui va prendre la tête du BDP en l'absence d'Ahmet Türk ? Un homme de paille, tel que celui qui occupe provisoirement la présidence, Demir Celik ? Ou un nouveau leader ?
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De son côté, le parti au pouvoir, le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) ne cache pas son malaise face à cette décision de justice. L'AKP avait frôlé la dissolution, en 2008, dans des circonstances similaires mais il a, cette fois, été moins prompt à dénoncer les procès lancés contre les partis politiques. Le président de la République Abdullah Gül, par exemple, a demandé le respect du jugement. Mais le vice-premier ministre, Bülent Arinç, a émis des doutes sur l'efficacité d'une telle mesure et le vice-président de l'AKP, Dengir Mir Mehmet Firat, a dénoncé une "approche jacobine" et une "décision malheureuse" de la Cour constitutionnelle.

Ces derniers jours, la menace de démission des députés kurdes avait plongé le gouvernement turc dans l'embarras. Une telle décision aurait probablement sonné le glas de la timide "ouverture démocratique" promue depuis cet été par le premier ministre Recep Tayyip Erdogan. "Nous ne ferons pas marche arrière sur l'ouverture", a répété ce dernier, jeudi, promettant de poursuivre les réformes en faveur de la minorité kurde, qui représente près de 20 % de la population turque. L'opposition d'une majorité des Turcs à ce plan de paix, selon les sondages d'opinion, ne jouera toutefois pas en sa faveur. (lemonde.fr, Guillaume Perrier, 19 déc 2009)

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