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18/10/2009

LES ISLAMISTS ET LA TURQUIE

Environ 50 personnes suspectées de liens avec Al Qaïda arrêtées

La police turque a arrêté jeudi dans plusieurs provinces du pays une cinquantaine de personnes suspectées de liens avec Al-Qaïda, dont certaines auraient préparé des attaques contre l'Otan, et des sites américains ou israéliens, selon des sources concordantes.

Les suspects ont été arrêtés dans neuf provinces, dont Istanbul et les provinces orientales de Van et Erzurum, selon les télévisions CNN-Türk et NTV.

La police a confirmé ce coup de filet, mais n'a pas précisé le nombre des personnes arrêtées.

La plupart de ces suspects seraient membres de l'Union du Jihad islamique, mouvement qui a des liens avec Al-Qaïda, selon les télévisions, qui ont précisé que certains des suspects avaient suivi un entraînement en Afghanistan.

Les suspects devaient être présentés à la justice, pour d'éventuelles inculpations.

Ces arrestations surviennent après les menaces proférées fin septembre par le numéro deux d'Al-Qaïda, l'Egyptien Ayman al-Zawahiri, contre la Turquie, qui doit prendre prochainement le commandement des forces de l'Otan à Kaboul.

"Chaque Turc, soucieux de l'islam et des musulmans, doit savoir que les troupes de son pays assureront le mois prochain le commandement des croisés en Afghanistan, qui brûlent les villages, détruisent les maisons et occupent la terre d'islam", avait-il déclaré dans un enregistrement vidéo.

"Les troupes turques y mèneront alors les mêmes opérations que celles menées par les juifs en Palestine. Comment le peuple turc libre acceptera-t-il un tel crime contre l'islam et les musulmans", s'était-il interrogé. (AFP, 15 oct 2009)

 

 

 

L'ETAT TURC ET LA LAICITEE DE MUSTAFA KEMAL ATATURK!

 

 

Avant d’évoquer le premier âge de l’islam politique en Turquie, il est important paradoxalement de revenir sur la spécificité de la laïcité dans ce pays. En édifiant une république laïque, Mustafa Kemal tournait le dos à six siècles d’histoire ottomane dominée par l’islam. Les réformes kémalistes, en effet, remettaient en cause les fondements religieux d’un Empire qui, en dépit de son cosmopolitisme, fut sans doute l’État musulman le plus puissant qui ait jamais existé. Ce faisant, en dépit de la radicalité du discours officiel, la laïcisation turque fut un phénomène progressif.

 

Ainsi Mustafa Kemal ménagea la sensibilité religieuse des populations musulmanes qui le soutenaient pendant la guerre d’indépendance, il laissa ensuite subsister le Califat jusqu’en 1924 après avoir pourtant aboli le Sultanat en 1922 et proclamé la République en 1923, il fit enfin de l’islam au terme de la Constitution de 1924 la religion du nouvel État turc et ne réforma cette disposition qu’en 1928 pour finalement inscrire en 1937 le “laïcisme” dans l’ordre constitutionnel, au même titre d’ailleurs que les autres principes du kémalisme. De surcroît, bien qu’influencée par l’exemple français, la laïcité turque affiche des particularismes qu’il est important d’avoir à l’esprit. Loin de consister d’abord en une séparation de l’État et du religieux, elle apparaît surtout comme un phénomène de maîtrise de l’islam par l’État qui est bien illustré par le rôle imparti au Diyanet, la direction des affaires religieuses créée après la disparition du Califat.

 

Cette instance, étroitement rattachée aux services du Premier Ministre, contrôle totalement l’exercice des religions, formant et appointant les imans en particulier et allant jusqu’à leur dicter les prêches qu’ils lisent lors de la prière du vendredi. Mais cette forme de laïcité, par la suite largement précisée et justifiée par la Cour constitutionnelle, a débouché sur une tendance à l’uniformisation religieuse en faisant de la confession majoritaire, le sunnisme hannéfite, un culte en quelque sorte officiel. Or la pluralité de l’islam est restée une réalité qui illustre à nouveau la spécificité de la Turquie au sein du monde musulman.

 

Cette pluralité se traduit d’abord par l’existence d’une forte communauté alévie (une confession d’origine chiite à tendances hétérodoxes) qui constituerait selon certains spécialistes près d’un cinquième de la population turque. Ignorée quand elle n’était pas réprimée sous l’Empire ottoman, cette communauté, à l’instar des protestants français, a toujours affiché sa fidélité à la République laïque, manifestant plus récemment son hostilité au développement d’un islamisme d’inspiration sunnite. Mais la diversité de l’islam turc se traduit aussi par la présence et l’influence de nombreuses confréries soufies qui, bien qu’interdites au début de la République, sont parvenues à survivre pour connaître actuellement un renouveau sensible. À cet islam de confrérie s’ajoute encore la vitalité des pratiques religieuses populaires : pèlerinages, superstitions…

 

 

 

 

 

Ainsi, il faut voir qu’outre le développement d’un mouvement islamiste, la République laïque a dû tolérer au cours des deux dernières décennies un débordement de son islam officiel par le retour à l’islam réel.

 

En ce sens, plus qu’à une crise de la laïcité, on assiste plus exactement à sa mutation induite en fait par le développement d’une pratique diversifiée et pour tout dire libre de l’islam transcendant le culte officiel mis en place par le kémalisme

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