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16/09/2009

L'ARMEE TURQUE EST TOUJOURS AU POUVOIR

OVIPOT: L’armée turque est encore au pouvoir en Turquie

Article  de Jean Marcou du 2 septembre 2009 sur OVIPOT: Question kurde : le processus d’ouverture aborde une phase délicate.

Depuis que le premier ministre turc a lancé, le 22 juillet dernier, un processus d’ouverture destiné à résoudre la question kurde, les semaines qui se sont écoulées ont vu les principaux acteurs concernés affiner progressivement leurs positions. Alors que cette initiative aborde une nouvelle phase, qui doit conduire le gouvernement à formuler un plan d’action, comment peut-on évaluer le chemin parcouru jusqu’à présent ?

Dans un premier temps, en dépit des critiques sévères des principaux partis d’opposition (CHP, MHP), le processus gouvernemental a rencontré un accueil relativement favorable de la part du parti kurde DTP, d’intellectuels et plus généralement d’organisations de la société civile (syndicats, associations…). Le silence de l’armée, perçu d’abord comme une sorte de quitus donné au gouvernement, a renforcé l’idée que l’entreprise, qui a reçu en outre, le 20 août 2009, un soutien plus explicite du Conseil national de sécurité (MGK), était plutôt bien engagée.

Toutefois, alors même que le gouvernement commençait à dévoiler de premières propositions concrètes (plan pour le développement économique des régions kurdes, remise en cause de la définition ethnique de la citoyenneté formulée par l’art. 66 de la Constitution, recherche d’une solution dans le cadre d’un État unitaire, enseignement optionnel du kurde à l’école…), les positions des principaux protagonistes se sont elles aussi précisées.

En publiant un message de leur chef d’état major, le 25 août 2009 (c’est-à-dire quelques jours avant la fête de la victoire), sur leur site internet, les forces armées turques ont bousculé les données premières du processus engagé par le gouvernement. Par le rappel d’un certain nombre de principes très liés aux propositions en cours d’élaboration (maintien de la structure unitaire de l’Etat, respect de la langue turque, rejet d’un éventuel dialogue avec le PKK, refus d’une reconnaissance par la Constitution de l’identité kurde), l’armée a réduit la marge de manœuvre que ses premiers silences avaient paru laisser au gouvernement. Cette véritable mise au point de l’armée a redonné des couleurs à l’opposition, très isolée depuis le début du processus, en l’incitant à adopter une ligne encore plus dure à l’égard des projets gouvernementaux. Mais, elle a aussi provoqué une réaction du DTP qui a condamné une nouvelle immixtion de l’armée dans le champ politique.

Le message du chef d’état major a d’autant plus entamé le consensus relatif qui avait initialement prévalu que, dans le même temps, de nettes dissensions sont apparues dans le camp kurde. Tandis que le PKK choisissait de rester en embuscade, en ne révélant que partiellement et de manière diffuse ses intentions ultimes, le DTP s’est scindé en deux tendances. La première, emmenée par Ahmet Türk, Akin Birdal, Aysel Tuğluk, Sırrı Sakık, que l’on peut qualifier de «modérée», voit dans les propositions gouvernementales une opportunité de paix qui doit être impérativement saisie. La seconde, représentée par Özdal Ücer, Selahattin Demirtaş, Emine Ayna, que l’on peut qualifier de «dure», est beaucoup plus méfiante à l’égard de la démarche gouvernementale et ne veut pas d’une paix à n’importe quel prix, ce qui l’amène d’ailleurs à parler, non pas de «paix», mais plus précisément de «paix honorable» (onurlu barış). Surtout, cette seconde tendance estime que le PKK et son leader emprisonné, Abdullah Öcalan, ne peuvent être exclus du processus engagé.

Le premier septembre, le meeting organisé par le DTP, dans le centre de Diyarbakır, a montré que l’influence de la seconde tendance n’était pas négligeable, à l’heure actuelle. Le mot d’ordre de ce grand rassemblement était, en effet, «Onurlu bir barışa evet !» (Oui à une paix honorable !) et, pour la première fois, dans le discours qu’il a fait à cette occasion, le leader du DTP, Ahmet Türk, s’est montré critique vis-à-vis des propositions du ministre de l’Intérieur, Beşir Atalay.

Le gouvernement s’est encore employé récemment, à trouver au sein de la société civile, le plus d’appuis possibles à son projet. Le ministre de l’Intérieur, Beşir Atalay, a notamment rencontré l’écrivain, Yaşar Kemal, qui lui a dit qu’il accueillerait avec «respect et gratitude toute initiative sincère et raisonnable qui permettra de résoudre le plus grand obstacle qui se dresse devant la démocratie turque et qui empêchera le sang de couler.» Le premier ministre a, quant à lui, reçu le soutien de la chanteuse, Sezen Aksu, avec laquelle il a eu récemment un entretien téléphonique. Pourtant, ces soutiens aussi prestigieux soient-ils, pourront difficilement faire oublier que, ce qui apparaissait jusqu’à présent comme les meilleurs atouts de l’initiative gouvernementale (le silence de l’armée et la bienveillance du DTP), sont menacés par le risque d’un durcissement des discours, venant tant de l’état major que du parti kurde. La voie risque donc d’être étroite pour les propositions concrètes que le gouvernement s’apprête à formuler sur des questions aussi sensibles que celle de la citoyenneté ou celle de l’usage de la langue kurde dans le secteur éducatif. (OVIPOT-Bersiv, 10 septembre 2009)

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